Chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée (CRÉPIC)
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Axe 1 : La mondialisation, la résilience des États et la variété des modèles de capitalisme
Les effets de la mondialisation sur l’État ont été l’objet de nombreuses études depuis la fin des années 1960. Pour la majorité des auteurs, la mondialisation et les politiques publiques sont deux notions antagoniques : l’action de l’État se produit dans un cadre territorial délimité alors que la mondialisation est par définition un phénomène qui se produit au-delà des frontières. La mondialisation a diminué la capacité d’intervention de l’État, et ce dernier est de plus en plus contraint à adopter des politiques issues du registre néolibéral.

Depuis que R. N. Cooper a popularisé le concept d’interdépendance économique en 1968, l’essentiel des travaux sur la mondialisation insiste sur la vulnérabilité croissante de l’État face la mondialisation. Dès 1969, C. Kindleberger affirmait : « L’État-nation comme entité économique tire presque à sa fin. » Dans les années 1980, le sociologue D. Bell écrivait : « The national state has become too small for the big problems in life and too big for the small problems of life. » En 1996, K. Ohmae prophétisait pour sa part la fin de l’État-nation et la montée des États-régions, alors que, peu de temps après, J. Mulvale soutenait : « The growing reach of global capital […] brought an end to the social-democratic welfare state project. » Enfin, pour T. Friedman, « the world is flat », ce qui transforme complètement les affaires mondiales. Selon lui, l’État doit s’adapter rapidement à l’économie mondiale et notamment à la concurrence asiatique et aux délocalisations.

Or, d’autres chercheurs parlent plutôt de la résistance des États ou du retour de l’État. Ceux qui soutiennent que la mondialisation annonce la fin de l’État négligent souvent d’identifier les mécanismes par lesquels elle affecte la capacité de l’État et, ce faisant, ils exagèrent indument ses effets. De plus, les preuves empiriques ne confirment pas l’hypothèse de la convergence néolibérale, mais montrent plutôt la persistance des modèles de capitalisme. D’après Bruno Amable, il persiste en Occident quatre modèles de capitalisme : 1) le modèle néolibéral (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne) ; 2) le modèle méditerranéen (Italie, Espagne) ; 3) le modèle continental (Allemagne, France) ; 4) le modèle social-démocrate (Suède, Danemark, Finlande).

Selon plusieurs experts, la Suède, le Danemark et la Finlande ont même prouvé sans équivoque que la thèse sur l’inéluctabilité du déclin des modèles sociaux est fausse et que les petits États interventionnistes peuvent s’adapter dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle. Alors qu’ils étaient en déroute au début des années 1990, ces trois pays ont rebondi pour devenir des modèles de référence. Leur principale réussite a été de trouver le moyen d’assurer une grande sécurité aux individus grâce à des politiques sociales importantes et dirigistes, tout en donnant la flexibilité nécessaire aux entreprises et à l’économie : la flexsécurité. Ils ont également réussi à augmenter la productivité de l’État.